La clé de l’interprétations des rêves

La pratique de l'interprétation des rêves éveillés pour la "thérapie par l'imaginaire en action", d'inspiration fortement Jungienne, a mis en évidence que l'analyse des scénarios de rêves était nettement éclairée par leur structure grammaticale, conformément à l'intuition des règles de syntaxe de Georges Romey. Elle n'a, par comparaison avec la grammaire des langages de Noam Chomsky, que l'absence totale de célébrité. Mais surtout, cette comparaison révèle une forme linguistique d'une tout autre nature, non purement informative ou émotionnelle, mais avec une dimension énergétique.

Georges Romey a découvert à travers la structure d’un rêve – celui de Léa, qu'il a mis en exergue -, que tous les scénarios de rêve respectent les règles et les fonctions qui composent une grammaire syntaxique et sémantique. Elle permet une analyse structurelle très utile de tout scénario, très utile pour déchiffrer le sens de son action - en cours et à venir - avec son interprétation. Pourtant il n’a jamais su en tirer une interprétation systématique des rêves.

Par contre, il vaudrait mieux dire que cette grammaire de Georges Romey combine des règles de structure purement syntaxiques avec des principes énergétiques qu'il a aussi mis en valeur, et des fonctions à valeur sémantique, c'est à dire qui modulent la signification du scénario et sa finalité.

En effet, une différence entre un langage parlé et le langage universel des rêves est que dans celui-ci les images ont un sens symbolique qui dépend grandement du contexte. En outre, puisque le scénario est le récit en temps réel d'une transformation en cours dans la psyché du rêveur, des principes portent nécessairement sur l'énergie impliquée dans ce travail intérieur. Ce sont d'ailleurs les multiples silences du rêveur qui sont le plus éloquents sur l'effort exigé de l'inconscient pour une transformation intérieure que décrit le scénario du rêve.

Cette différence se rencontre aussi avec le langage courant dans un texte tel qu’il est écrit et tel qu’il peut être lu, avec des silences et des accélérations de la parole, selon les émotions qu’il évoque et l’énergie qui leur est associée pour chaque lecteur.

Il reste cependant une différence de causalité entre l'énergie évoquée et une image symbolique selon la vision de Romey (descendant de la Psyché vers les structures neuronales) ou selon celle inspirée par Antonio Damasio (ascendante des neurones vers la psyché). En effet la compréhension de Romey est que les symboles sont apporteurs ou déclencheurs d'énergie. Finalement, la formulation que nous adoptons est plutôt fondée sur un déclenchement d'archétypes selon Carl-Gustav Jung, qui altèrent des structures neuronales en libérant de l'énergie, comme c'est révélé par la perception d'images symboliques.

Prenons comme principe que chaque image symbolique dans un rêve contribue à la signification et à l’énergie alimentées par un archétype pour réinitialiser l'équilibre d'une paire de contraires, pour en réaliser l’union, ce qui est la finalité de chaque scénario de rêve.
L’interprète entre donc progressivement dans cette compréhension avec plusieurs lectures lui permettant de rédiger six paragraphes d’étape clarificateurs.

1. Extrait

Ce commentaire général sur le style (poétique, sec, coloré, etc.) doit permettre au rêveur de situer son expérience dans la diversité des styles de rêves éveillés possibles. En particulier, selon l'intensité du lissage entre images successives, le scénario peut s'apparenter plus à une bande dessinée ou à un film. La perception de l'accompagnateur interprète surprendra le rêveur souvent et utilement.

2. Note mnémonique (le vocabulaire) avec amplification

L'interprète reprend du dictionnaire des symboles (côté version du lexique), comme pour toute version linguistique, les mots et périphrases portant sur les symboles essentiels mais en sélectionnant la signification applicable dans le contexte du scénario. S'ils sont absents du lexique de TIA, du fait de leur rareté, l'interprète tâche de les élucider par amplification puis selon leurs chaines sémantiques.

Une certaine amplification permet de mettre en valeur les symboles qui prennent une importance particulière dans ce scénario en faisant appel à des ressemblances de forme des images saillantes et à des parallèles culturels, ainsi qu'à des évocations conscientes du patient. Ils peuvent être suggérés au rêveur à la fin du scénario, voire vérifiés par questionnement kinésiologique, afin de guider la perception du contexte pour la suite de l'interprétation. L’interprète procède ainsi par va-et-vient jusqu'à l'étape de compaction.

3. Analyse syntaxique (la structure du scénario)

Les règles de grammaire de Georges Romey (REL) sont extrêmement conséquentes pour identifier les thèmes forts qui structurent le rêve. Ils s'entremêlent. Il faut s'efforcer de bien dégager les priorités qu'elles décèlent. Le franchissement de seuil, tel que décrit dans le côté « thème » du lexique, est l’élément central.

Les symétries d’ensemble (entre des parenthèses) ont surtout l’avantage de permettre au thérapeute avisé de percevoir en temps réel l’arrivée de la fin du scénario.

Cette analyse sert bien aussi pour évaluer si un rêve endormi raconté a été entièrement mémorisé, et quand il est remémoré partiellement, pour localiser la partie rapportée de son scénario, plus long en réalité.

Un autre élément doit être pris en considération pour évaluer la structure du scénario, c’est à dire son pic d’énergie – quand le comportement du rêveur le révèle clairement – qu’il est au milieu d’une phase active d’harmonisation de contraires, objectif de la synthèse sémantique.

4. Compaction

Une première passe d'interprétation globale est utile avant de se plonger dans les nombreux détails qui prennent progressivement sens, dont les redondances mêmes cachent des subtilités intéressantes. Il faut veiller à ce stade à ne pas se tromper de niveau : c'est trop souvent que l'interprétation facile d'un symbole archétypal par une apparence de thème sexuel peut frustrer le rêveur de son effort d'approfondissement intérieur (comme dans le cas de la peur de la mort réduite au célèbre complexe de castration).

Ce paragraphe doit être le plus convaincant : à ce stade, le rêveur doit pouvoir se faire une idée claire quant à accepter ou rejeter l'interprétation qui lui est proposée par l’interprète. Ce dernier devrait se concentrer sur l’identification de la paire de contraires en cours harmonisation : la repérer et clarifier sa signification.

Il n’est de toute façon pas grave de ne pas arriver à les expliciter, puisque le rêve a effectué son travail curatif, mais cela peut aider le patient à mûrir (attention tout de même au risque d’infatuation chez certains patients devant la découverte de leur psyché inconsciente).

5. Synthèse sémantique

Des séries d'images évoluent progressivement le long du scénario en s'entrecroisant et s'enrichissant pour prendre un sens approfondi. La structure du rêve s'appuie donc sur ce que Romey a appelé des fonctions. Il est bon à ce stade d'observer que l'évolution sémantique le long des enchainements de séries d'images se fait selon une modification secondaire du dessin de chaque image : ainsi la bicyclette, les lunettes ou les yeux de la chouette et de la biche s'apparentent bien tous à un 8 jusqu'à ce que celle-ci en brise la symétrie par son clin d'œil.

En outre, les conséquences énergétiques sont apparentes selon les principes exhibés aussi par Georges Romey.

6. Prescription thérapeutique (la suite pragmatique)

Soit le rêve fournit des pistes thérapeutiques orientant vers des tests et traitements nouveaux, soit il confirme voire infirme le bien-fondé des priorités données à une cure plus physiologique (d'énergétique par exemple ou de tout traitement prescrit).

C’est le bon moment pour que l’interprète propose au rêveur de songer que cette référence à un imaginaire intérieur est une incarnation de l’esprit du rêveur, riche de fortes connexions nommées par Carl-Gustav Jung comme l’inconscient collectif.

L’interprète doit rester très sobre dans toute suggestion, savoir offrir sa disponibilité et son soutien empathique et surtout recommander au rêveur la méditation de son rêve. Il apparaît en effet que de s’être bien imprégné des apports de ses rêves successifs amène plus vite la fin de la Thérapie par l’Imaginaire en action.

PS. On observera que les paragraphes 2, 3, 5 et 6 sont les étapes classiquement utilisées pour la traduction des langages.